ESSAI
N° 195.
MÉDICO-LÉGAL
SUR L’INFANTICIDE;
THÈSE
Présentée et soutenue à la Faculté de Médecine de Paris .
le 28 août 1821 pour obtenir le grade de Docteur en
médecine j
Par Émile-Frahçoïs BONNET, de Coutances,
Département de la Manche.
Tantum scelus horrore afjicit.
Cicéron.
A PARIS,
DE L’IMPRIMERIE DE DIDOT LE JEUNE,
Imprimeur de la Faculté de Médecine, rue des Maçons-Sorbonne, n.» i5
1821.
FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS.
M. LEROUX, Doyen.
1 M. BOYER, Examinateur .
M. C H A U S SIE R , Examinateur.
M. GORVISART.
M. D E Y E U X , Examinateur\
M. DUBOIS, Examinateur.
M. H AL LÉ.
M. LALLEMENT, Examinateur.
M PELLETAN.
M. PINEL.
M. THILLAYE.
M. DES GENETTES.
Professeurs . < M. DUMÉRIL.
M. DE JUSSIEU.
M. RICHERAND.
M. YAU QUEL I N.
M. DESORMEAUX.
M. DUPUYTREN.
M. MOREAU.
M. ROYER-COLLARD.
M. BÉGLARD.
M. MARJOLUN.
M. O R FIL A, Président .
M. FOUQUIER.
M. ROUX.
M. ALIBERT.
Par délibération du 9 décembre 1798, l’École a arrêté que les opinions émises
dans les dissertations qui lui sont présentées doivent être considérées comme
propres à leurs auteurs , et qu’elle n’entend leur donner aucune approbation ni
improbation.
A LA MÉMOIRE DE MON PÈRE,
Regrets éternels.
A MADAME CANGEUL, MON AÏEULE.
Un sourd-muet a dit y dans son langage, que lareconnaissance était
îa mémoire du cœur. U homme qui napprécierait pas toute la jus¬
tesse de cette ingénieuse définition serait véritablement a plaindre :
il n'aurait jamais connu le besoin d’exprimer le plus doux des
sentimens 3 celui qui sait nous rendre agréable le souvenir des bien¬
faits 3 et nous faire chérir les dettes du coeur. Pour moi , tel est en ce
moment l’état de mon âme, qu’il m’est plus aisé de sentir que de
bien rendre tout ce que je sens j tout ce que je sais dire } c’est que
je vous dois tout.... Le titre même auquel j’aspirais } et qui bientôt
va combler mes vœux , est presque votre ouvrage. Que dis je F sans
vous sans vos secours généreux , la carrière honorable et flatteuse
qui s’ouvre aujourd’hui devant moi m’eût été fermée a jamais. Vous
seule avez encouragé et secondé mes efforts dans l’étude pénible
et pourtant agréable d’une science qui sut vous plaire et décider
mon choix.
Acceptez donc } ô ma chère et respectable mère , ce trop faible
gage d’un dévouement sans bornes j car je veux que l’on sache } je
veux que Von dise que le premier essai de ma plume fut un tribut de
reconnaissance et d'amour , et que celle qui l’agréa fut ma bienfai¬
trice. Oui, je de sens a présent, si c’est un devoir cher et sacré que
de se rappeler les dons qu’on a reçus , c’est aussi une jouissance bien
grande que de pouvoir en perpétuer le souvenir. Les vôtres sont
pour toujours gravés dans mon cœur. Si la bonté , la bienveillance }
le désintéressement me les dispensèrent , le respect, l’amour, la gra¬
titude les reçurent et les publient.
A MA MÈRE,
MA MEILLEURE AMIE.
Témoignage du plus profond respect ,et du plus sincère
attachement.
E. F. BONNET.
ESSAI
MÉDICO-LÉGAL
SUR L’INFANTICIDE.
Parmi les questions difficiles et délicates en médecine légale on peut
ranger l’infanticide. Les obscurités qui l’entourent, les circonstances
variées qui le modifient, l’artifice et la scélératesse offrent une mul¬
titude d’objets de méditation pour le médecin légiste.
Il faut, pour reconnaître ce crime, que le médecin connaisse parfai*
tement l’art qu’il professe ; qu’il réunisse à un jugement sain une pru¬
dence à toute épreuve ; qu’il ait de la réserve et de la discrétion; que,
dans son rapport et devant la justice, il s’attache à présenter la vérité
dans son plus grand jour : sa tâche est alors remplie. Si l’innocence est
proclamée, il éprouve un plaisir bien doux; si le crime est prouvé, il
a fait son devoir.
Appelé par les tribunaux pour constater l’existence d’un tel crime,
lernédecin doué d’instruction et de probité devra autant s’attacher à
en faire connaître les particularités, s’il existe, qua proclamer tout
ce qui peut militer en faveur de l’accusé. Agissant avec tout le discer¬
nement dont nous le supposons capable, sa conscience sera tranquille,
et la société n’aura pas à gémir sur un nouvel attentat juridique.
Combien, en effet, ne trouve-t-on pas, dans les annales, de ces juge-
1 6 )
mens qui, non seulement, dénotent l’ignorance et la prévention, mais
encore font l’opprobre de ceux qui les ont pot tés !
L’infanticide ((Y in fans, enfant,et de cœdofe tue), dans son accep¬
tion propre, signifie le meurtre d'un enfant, quel que soit son âge, et
quel qu’en soit l’auteur; mais en médecine légale on entend plus spé¬
cialement par infanticide le meurtre volontaire d’un enfant naissant
ou nouveau-né, commis par la mère.
En prenant l’infanticide pour sujet inaugural, nous ne nous sommes
pas dissimulé que nous arriverions difficilement à une solution satis¬
faisante dans tous ses points, et qu’il resterait beaucoup à désirer à
cet égard. Toutefois les leçons de M. le professeur Orfila, auxquelles
nous avons assisté , nous éclaireront continuellement dans la rédac¬
tion de cet ouvrage.
Nous nous abstiendrons d’énumérer les moyens obscurs, les calculs
subtils et les pratiques ténébreuses mis en usage pour déterminer 1 a-
vertement. Gela nous a paru hors de notre sujdt, et susceptible^ être
celui d’une dissertation toute particulière. Le législateur a établi une
différence de peirte pour l’avortement et l’infanticide. Ces deux cas
sont prévus par les art. Sooét Si 7 duCode pénal. ■* Nert qnafefiedm-
fanticide que la mort donnée à un enfant qui a jour de la vie extra-
utérine . Or .comme tout est de droit strict en maUere crunmelle.
nous rejetons l'extension donnée par quelques auteurs au mot mfan-
ticide pour l’appliquer seulenreutiïenfant nouveau^né ou qui Jouit
depuis quelque temps des bienfaits de là lumière. Comme 1 époque de
la naissance semble avoir été choisie dé préférence par la -scéléra¬
tesse pour consommer ses cruels projets, nous indiquerons ^ma¬
nière de reconnaître un fœtus viable ou à terme. Nous nous «coupe¬
rons ensuite des recherches médicales qui Se rapportent exclusive¬
ment à l’instant de la naissance. Nous tâcherons de déterminer les
causes qui auront occasionné la mort du nou veau-né, et les signes non
équivoques qui font reconnaître une maternité récente. Pour mettre
autant d’ordre que possible, nous examinerons successivement les
propositions suivantes : i.° L’enfant trouvé mort était-il viable?
( 7 )
â. ü Est-ii né mort ou vivant ? À-t-il vécu après sa naissance? 3.° Quelle
est la cause de sa mort pendant ou après l’accouchement? 4*° Existe-
t-il quelque rapport entre l’enfant trouvé mort et la personne ac¬
cusée?
L’enfant trouvé mort était-il viable? La nature a fixé le terme de
gestation, pour l’espèce humaine, à neuf mois. C est a cette epoque
que le nouvel être a acquis le degré de perfection nécessaire pour
exécuter les diverses fonctions qui constituent la vie. Lenfant peut,
cependant naître, plus tôt ou plus tard, par une de ces anomalies de
la nature ou un accident, et n’en être pas moins viable. La loi des
douze tables, au rapport d ' Aulu-Gelle i admet la viabilité a sept mois
après la conception. La loi romaine f de suis et legitimis hœredibus ,
décide qu'un enfant peut naître viable six mois et deux jours après sa
conception, fondant sa décision sur l’autorité d 'Hippocrate. Une se¬
conde loi, de statu honuniini } exige, au contraire, un intervalle de
sept mois accomplis entre la conception et la naissance, se fondant
également sur l’autorité à’Hippocrate. L’art. 314 de notre Code civil
établit la possibilité de la viabilité au cent-quatre-vingtième jour de
la grossesse. On peut remarquer que cette époque se rapporte avec
celle tracée par Hippocrate dans son traité de septimestri partu } puis¬
qu’elle n’offre une différence que de deux jours et demi. Aristote,
Pline } Haller et beaucoup d’autres parmi les anciens, M. Fédéré et
plusieurs autres parmi les modernes ont déterminé le terme, de via¬
bilité du foetus à sept mois : Ante septimum mensem parlas huud
unquàm vitalis est. Cette décision nous paraît trop exclusive.- Si la
nature a posé des limites à la viabilité, on doit les chercher dans l’or¬
ganisation plus ou moins avancée du foetus.
Les fonctions que le foetus contenu dans î utérus exécute sont
loin d’être les mêmes que celles qu’il est appelé cà remplir au mo¬
ment de la naissance; aussi e est du développement de ses organes
que dépend l’aptitude à la vie. L’histoîre'tes âges pendant la vie in¬
tra-utérine va d’abord mm, occuper. Mous examinerons, i.° Lm an-
( 8 )
nexes du fœtus; a« # La conformation extérieure ; 3.° L’état de ses or¬
ganes et leur évolution successive.
Les annexes du fœtus sont, la membrane caduque, le chorion, l’am-
nios, l’eau de l’amnios, le placenta, la vésicule ombilicale, le cordon
ombilical, et les vaisseaux orrij halo-mésentériques.
La membrane caduque (épichorion de M. Chaussier) se forme lorsque
l’imprégnation a lieu ; la surface interne de l’utérus est irritée par les
liquides ;une perspiration albuîmineuse s’écoule ; bientôtles vaisseaux
lymphatiques en absorbent une partie ; l’autre, demi-concrète, tapisse
tout l’intérieur de la matrice. Cette membrane se forme avant l’arri¬
vée de l’œuf. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’on la trouve éga¬
lement dans les cas de grossesse extra-utérine. On l’a vue même tapis¬
ser toute la cavité de l’utérus chez des filles mal réglées. L’état de cette
membrane varie aux diverses époques de la gestation.Dans le premier
mois, elle est demi fluide, mollasse, pulpeuse, inorganique, et res¬
semble assez à un caillot de sang incolore, ou légèrement jaunâtre ; sa
surface adhère à l’utérus, et présente beaucoup de villosités. Du
deuxième au troisième mois, lorsque l’absoption a eu lieu, elle devient
épaisse, dense, s’organise, et se remplit de vaisseaiix sanguins qui
viennent, d’une part, de l’utérus, et de l’autre, du fœtus. La portion
qui tient à l’utérus lui est fort adhérente; celle qui tient au chorion s’en
détache facilement. A la fin du deuxième mois, elle change de ma¬
nière d’étre ( le placenta est déjà formé ) : elle se dédouble et forme
deux feuillets ; l’un adhère à l’utérus, et l’autre recouvre l’œuf. Le
premier porte le nom de caduque utérine ; le second, de caduque
réJIéckie.Vers le cinquième mois, le feuillet réfléchi disparaît. L’épi-
chorion existe alors telle qu’il était auparavant : il s’abaisse et
vient, en s’épaississant, recouvrir l’œuf e|le placenta. (M. le profes¬
seur Chaussier pense que cette membrane est interposée entre l’utérus
et le placenta , en donnant passage aux vaisseaux utérins. )
Plusieurs auteurs, au contraire, pensent que la portion d’épichorion
qui se trouvait primitivement entre le placenta et la matrice se trouve
détruite; de sorte quelle embrasse l’œuf et le placenta seulement jus-
qu’à l’endroit où Celui-ci adhère à la^ matrice. Au neuvième mois,
elle se présente sous l’aspect d’une membrane mollasse, blanchâtre,
d’une demi-ligne d’épaisseur; et, se déchirant facilement lors de l’ac¬
couchement, on trouve une partie de ses débris sur le chorion, et
l’autre partie sort avec les lochies, vgrs le troisième ou quatrième
jour après l’accouchement , en leur donnant une odeur particulière.
La membrane chorion existe de très-bonne heure; elle est assez
épaisse, dense, opaque, et couverte d’une multitude de villosités.
On y remarque d’abord des vaisseaux veineux, puis il sy joint des ar¬
tères. Depuis le premier mois jusqu a la sixième semaine , les villo¬
sités disparaissent, surtout à la partie inférieure. L’épichorion Lui est
alors immédiatement unie; elle est diaphane, et se déchire facilement.
Fers la fin du deuxième mois, les villosités se rapprochentjtellement,
quelles forment un réseau vasculaire qui concourt à former le pla¬
centa.
L’amnios esjt une membrane concentrique au chorion, très-mince
à la fin du premier mois , et ressemblant à la rétine ; à la deroièiæ
époque de la gestation, demi-diaphane, et plus épaisse qu’au commen¬
cement.
La quantité de l’eau de Tamnios varie suivant les différentes épo¬
ques de la grossesse. Vers le milieu de la gestation, le poids de î’eaü
de l’amnios est égal à celui du foetus; vers la fin, il est : : 2 : 6. La
quantité va en augmentant jusqu’à mi-terme. Le contraire a lieu de¬
puis cette époque jusqu’à la fin. La quantité peut différer aussi suivant
le tempérament de la femme. L’eau de l’amnios sera en plus grande
quantité chez la femme d’un tempérament lymphatique que chez
celle d’un tempérament sec et nerveux. Là quantité différera encore
suivant que le fœtus sera bien ou mai conformé, S’il est frêle, délicat,
malade ou mort, il nagera dans une plus grande quantité d’eau ; s’il
est très-gros,et qu’il pèse huit ou neuf livres à l’époque de l’accou¬
chement , on trouvera à peine deux cuillerées d’eau : s’il ne pèse que
quatre ou cinq livres, on en trouvera jusqu’à deux ou trois livres. Dans
2
( 10 )
îè premier temps, l’eau de l’amnios est presque incolore, tandis qu’à
la fin, elle tient en suspension une matière caséiforme.
Le placenta existe , dès les premiers instans de la gestation, sous la
forme de filamens et de villosités ; mais alors ils sont trop devises pour
qu’il soit possible de reconnaître sa forme. Du deuxième au troisième
moisles flocons se rapprochent, et, vers la fin du troisième mois, on
le distingue parfaitement. On le considère comme un gâteau arrondi
de l’épaisseur de quinze lignes , ou environ , à sa partie moyenne, qui
est la plus épaisse. Très-vasculeux et très-spongieux , il est formé par
les vaisseaux sanguins du cordon , par l’épichorion de toutes parts,
par le chorion, dont les filamens se sont introduits dans son paren¬
chyme; enfin par des vaisseaux oblitérés. Il est aussi recouvert par
une membrane qui lui est propre, et qui pénètre dans les,espaces
interlobulaires. Une de ses faces adhère à la face interne de 1 utérus,
et l’autre donne insertion au cordon. Un placenta ordinaire a vingt-
quatre pouces de circonférence, huit pouces de diamètre, et pèse
environ une livre.
La vésicule ombilicale est située à la partie inférieure de la face
inférieure de l’œuf, entre les deux membranes chorion et amnios,
près de l’endroit où elles se réfléchissent sur le cordon; quelquefois
plus loin, sur le placenta; très-rarement hors de ce corps. Elle existe
de très-bonne heure, Sœmmering l’a trouvée à trois , quatre et cinq
semaines; U. Béclard , à un mois; M. Orfila J à trente-cinq jours. A
la fin du troisième mois, elle est ovoïde ; ses parois sont minces et plus
ou moins transparentes. On trouve dans son intérieur^ fluide d’une
consistance et d’une couleur variables, que quelques auteurs ont cru
être destiné à la nourriture du fœtus. Cette vésicule acquiert la gros¬
seur d’un pois vers la fin du troisième mois ; elle diminue et dispa¬
raît enfin. , ^
Le cordon ombilical est composé des deux artères ombilicales, de
la veine ombilicale, de l’ouraque, et d’un tissu latnineux contenant
plus ou moins de sérosité, et une matière comme gélatineuse. Indé¬
pendamment de ces parties, il y a les vaisseaux ompbalo-mésenté-
( ■> '
riques. Dans les premiers temps, le cordon n’est pas tordu ; ce n est
que vers le deuxième mois que l’on aperçoit la torsion. Vers six se¬
maines de la,gestation, le cordon est gros, court, épais, et s’insère
d’autant plus près du pubis qu’il y a moins long temps que le fœtus
est conçu: à soixantejours, il commence à s’allonger ; à trois mois, il
est grêle , fragile; mais, de trois mois à la naissance, il prend de plus
en pius de la dureté, de l’épaisseur, de la densité ; enfin, à l’époque
de l'accouchement, il est gros comme le petit doigt. Sa longueur or¬
dinaire est de dix-huit pouces. M. Gardien rapporte dans son ouvrage
en avoir vu un de cinq pieds. Les vaisseaux omphaîo-mésentériques
sont composés d’une artère et d’une veine; l’artère vient de la mésen¬
térique supérieure, et se ramifie dans la vésicule ombiiicale. La veine
rapporte le sang à la veine mésentérique supérieure. A f'époque delà
naissance on trouve très - rarement ces vaisseaux. M. Chaussier est
cependant parvenu à les injecter sur un enfant d’un an, et'M. Béclard
chez deux enfans, l’un de sept et l’autre de douze ans.
La conformation extérieure du foetus est indéterminée dans les
premiers temps. A dix-huit jours on remarque deux vésicules ovoïdes,
oblongues, inégales. A côté d’elles s’en forme une autre plus grosse,
c’est la vésicule ombilicale. A trente jours, la forme du fœtus est ver-
miculairë, allongée; on voit une légère dépression , ce qui la fait com¬
parer à une abeille. A six semaines, on aperçoit deux bourgeons qui
doivent former les membres supérieurs , et, entre la sixième et la
septième semaine, deux autres bourgeons qui doivent former les
membres inférieurs. A la fin du deuxième mois, la tête est très-vi¬
sible; c’est à cette époque de la gestation qu’elle est la plus grosse ,
proportionnellement au reste du corps. La grandeur du fœtus peut
varier aux différentes époques de la gestation , suivant le tempéra¬
ment de la mère, suivant que les passions l’auront plus ou moins
tourmentée pendant sa grossesse, suivant la force et l’énergie du père :
elle peut même varier chez différentes femmes. M. Chaussier a ima¬
giné , pour mesurer le fœtus aux diverses époques de la gestation, un
strurhent auquel il a donné le nom de mécomètre. Voici les résuh
tats qu’il a obtenus : il n’a pas pris la longueur du fœtus à dix jours ;
à vingt jours, quatre à cinq lignes; à trente jours, de douze à treize
lignes; à quarante jours, deux pouces; à deux mois, quatre pouces;
à trois mois, six pouces; à quatre mois, huit pouces; à cinq mois,
dix pouces; à six mois, douze pouces; à sept mois, quatorze pouces;
à huit mois, seize pouces ; à neuf mois , dix-huit pouces. En général,
le fœtus à terme a de seize à dix-huit pouces de longueur. Quelquefois
il n’a que treize, quatorze ou quinze pouces : on en a vu de vingt-
quatre et de vingt-sept pouces ; mais ces cas sont très-rares. Les mêmes
fauses qui font varier sa longueur font aussi varier son poids; voici les
résultats ordinaires que M. Chaussiçr a obtenus. A dix “jours, le fœtus
pèse un grain; à vingt jours, trois grains; à trente jours, dix-neuf
grains; à quarante-cinq jours, un gros et un quart; à deux mois,
cinq gros; à trois mois, deux onces et demie; à quatre mois, sept
onces ; à cinq mois, une livre ; à six mois , deux livres ; à sept mois,
trois livres; à huit mois, quatre livres; à neuf mois, cinq livres. On
en a vu de dix à douze livres. Baudelocque en a vu un qui pesait
treize livres. Il y en a quelquefois qui ne pèsent que deux livres et de¬
mie, et qui vivent très-bien. Ceux qui ne pèsent qu’une livre ou une
livre et demie ne peuvent exister. On trouve dans Riolan , célèbre,
anatomiste du dix-septième siècle, beaucoup d’observations sur les
divers degrés de développement du fœtus.
Proportion des parties. Après le premier mois de la conception ,
la grosseur du cœur est énorme; les oreillettes sont plus grandes que
les ventricules ; le ventricule droit est plus petit que le ventricule
gauche : on dirait quelquefois que le cœur ne contient qu’une ca¬
vité.
A deux mois, le trou de Botal est circulaire, assez large, puis il
devient elliptique; les valvules sont alors très-apparentes, et à me¬
sure quelles augmentent, le trou disparaît. A la naissance, le trou de
Botal existe encore; il a peut-être le diamètre d’une à deux lignes ; il
ne se ferme quelquefois que plusieurs jours après la naissance.
De deux mois et demi à trois mois , ou aperçoit dans les alvéoles le
noyau gélatineux qui doit former la dent. La tête est très-grosse,
le crâne très-développé, la face très-petite, ridés et décré¬
pite. La tête , proportionnellement au reste du corps, est d’au¬
tant plus grosse, que le foetus est moins éloigné de l’époque de la
conception. Le tronc est très-developpé ; les membres ne sont appa-
rens, comme nous l’avons dit, que sous la forme de bourgeons. Le
thorax est étroit, court et aplati. L’abdomen est large et bombé, sur¬
tout Yers l’ombilic. Le bassin est très-peu développé.
A trois mois, les doigts des mains et des pieds sont séparés 5 la peau
n’est qu’un enduit transparent, de manière à laisser voir tout ce
quelle recouvre. La moelle épinière existe déjà, les narines sont
bouchées, et la bouche est ouverte ; la tête pèse plus que tout le
reste du corps; les deux hypochondres sont remplis par le foie. L’é¬
piploon existe déjà; l’estomac est rempli de glaires; les poumons sont
blancs et fermes ; le ventricule et l’oreillette gauches du cœur sont plus
grands que les droits; la langue est formée; le cerveau n’est qu’une,
masse liquide et molle, on n’y découvre rien; elle ressemble à une
matière caséiforme, qui est d’autant plus dure qu’elle est plus infé¬
rieure et plus près de la moelle allongée.
A quatre mois, la peau devient rose, la valvule d’iïWacAi, qui était
d’abord large, diminue et devient très-petite, comparativement à ce
qu’elle était auparavant. Les reins sont composés de quinze à dix-huit
lobes ou mamelons, placés sur une tissu lamineux, et, à mesuré que
le fœtus augmente en âge ,1e tissu disparaît, et les lobes se réunis¬
sent; on en voit encore quelques traces à la naissance. La capsule
surrénale est d’autant plus grande, que l’enfant est plus jeune. La
vessie n’est pas contenue dans l’excavation du bassin, elle est pyré¬
forme , et n’offre point de bas-fond. La partie la plus basse présente
l’ouverture du canal de buretre. Fins haut, l’on voit un canal, que
l’on nomme ouraque^nï .va sejoindre au cordon ombilical. Les testi¬
cules sont très-gros;.ils sont, placés 'au-dessous- des.reins, insqu’au
( > 4 )
sixième mois; on commence à apercevoir le noyau gélatineux de la
deuxième dentition.
A cinq mois, les cheveux commencent à paraître sous la forme de
duvet. Le cerveau a un peu plus de consistance. Le silion interlobu¬
laire a paru ; les membres thoraciques sont un peu plus longs que
les abdominaux, mais ils ne tardent pas à être d’égale longueur.
À six mois la peau se colore en pourpre, principalement à la face
palmaire des mains et des pieds, à la face et aux mamelles. Les on¬
gles ont commencé à paraître à la fin du cinquième mois ; la sub¬
stance cérébrale est un peu plus épaisse; les narines sont ouvertes, les
yeux fermés ; les intestins grêles contiennent du méconium; les
testicules sont encore dans le ventre.
A sept mois, la peau devient moins foncée; on aperçoit de petits
poils, le tissu lamineux se présente sous forme rougeâtre, sans
graisse ; les follicules sébacées commencent à être apparentes : l’ag¬
glutination des paupières cesse, la cornée est opaque, la méningine
commence a tenir un peu plus au cerveau , on distingue très-bien
les anfractuosités ; quand on coupe le cerveau par tranches, on le
trouve moins mou, sa substance est d’un jaune pâle, tirant sur le
rose. On ne trouve pas encore la substance grise , les valvules conni-
ventes commencent à être visibles.
A huit mois la peau est encore un peu colorée; on trouve de la
graisse sous forme de flocons rougeâtres; fermasse cérébrale prend
plus de solidité. Le cervelet suit, dans son développement, la même
marche que Je cerveau.
A neuf mois, la peau est blanche, les cheveux sont blonds ou noirs,
et peuvent avoir un pouce de longueur ; le cerveau commence à être
plus consistant ; les sillons sont très-bien marqués; la substance grise
se distingue facilement. La couronne des dents est ossifiée : il arrive
quelquefois que les deux incisives inférieures sont déjà sorties des
alvéoles; l’insertion du cordon ombilical a lieu à la moitié du corps ;
la face est recouverte d’un duvet;le pied a le sixième de la longueur
totale du corps; la graisse est très-bien formée ; les ventricules du
( <5 )
cœur ont à peu près ia même épaisseur et capacité, et sont plus
grands que les oreillettes; le méconium, d’une couleur jaunâtre, est
alors dans les gros intestins ; la vessie est allongée et hors du bassin.
Les ongles sont très-développés ; le thymus a une couleur fauve pâle
et disparaît insensiblement.
On considère plusieurs diamètres à la tête du fœtus à terme.
i. 6 Un occipito-frontal de quatre pouces trois lignes, Y
2. ® [Jn occipito-mentonnier de cinq pouces.
3. ° Un fronto-mentonnier de trois pouces six lignes.
4-° Un sphéno-bregmatique de sept pouces quatre lignes.
5. ° Le pariétal, trois pouces quatre lignes.
6 . Le temporal, de quatre pouces et demi. Une grande circonfé¬
rence , qui passe par la suture sagittale, quatorze pouces six lignes.
Une petite circonférence qui passe par les bosses pariétales dix pouces
six lignes.
On peut consulter aussi des tables d’ostéogénie, faites par M.-Bé'
dard } et un tableau de ÎVL Tiedemann , sur la longueur des diverses
parties de l’encéphale aux différentes époques de la vie intra-^
utérine.
De ce que nous venons de dire on peut déduire les caractères de
maturité du fœtus et de perfection de ses organes :
1. ° S’il crie aussitôt que sa tête aura franchi les détroits du bassin
ou qu’il crie peu de temps après.
2 . ° S’il remue ses membres avec assez de facilité.
5.° S’il tète ou s’il suce le doigt introduit dans la bouche.
4-° Si la couleur de la peau n’est pas d’un rouge trop foncé.
5. ° Si la bouche, les yeux, le nez, les oreilles sont parfaitement
ouverts.
6 . ° S’il a de la graisse, des cheveux et des ongles bien déve¬
loppés.
f j.° S’il rend, peu de temps après la naissance, l’urine et îe méco¬
nium (toutefois, si les ouvertures qui leur donnent passage ne .sont
pas fermées contre nature J. Par opposition :
i ° SU ne pèse qu’une livre à une livre et demie, et qu’il n ait que
dis à douze pouces de longueur.
2° S’il ne crie pas, ou qu’il pousse des plaintes continuelles.
3.° Qu’il se refuse à téter ou à sucer le doigt.
4-° Si ses mouvemens sont très-faibles.
5. ° Si, à travers sa peau , qui est rouge et comme transparente * on
Voit des vaisseaux bleuâtres.
6 . ° Si les os du crâne ne résistent pas à la plus légère pression;
que la fontanelle supérieure et inférieure soit très-évasée, les articula¬
tions relâchées, les paupières agglutinées ; la.bouche, les narines et
les oreilles fermées.
Si les ongles ne sont pas formés, et qu’au lieu de cheveux il n’y
ait qu’un duvet.
8 .° S’il respire à peine, qu’il dorme presque continuellement, et
qu’il ne rende pas son urine et ses excrémeus.
9. 0 Enfin, si l’accouchement, ayant été laborieux , on ait été obligé
de le provoquer, ou qu’il ait été la suite de quelque accident
Ges règles étant données, le médecin déterminera, en rapprochant
le poids, la grandeur du corps, les différens diamètres et les autres
signes tirés de la conformation extérieure et intérieure, s’il y a viabi¬
lité ou non . iSnfin, quand tout le portera à croire que le foetus était
viable, il devra s’assurer s’il est né mort, ou s’il a vécu après sa nais¬
sance.
L’enfant est-il né mort ou vivantP a-t-il vécu après sa naissance ?
Ce n’est que du concours des signes tirés du fœtus, de ses annexes et de
la mère, que le médecin peut parvenir à résoudre cette question.On
devra faire attention au temps qui sera écoulé depuis l’accouchement
supposé, jusqu a celui où on sera appelé pour constater l’existence
du délit. On peut croire qu’il serait impossible de décider, sur un
fœtus putréfié, si la mort a précédé sa naissance, souvent même s’il
a vécu. Plus l’intervalle estgrand, plus le jugement qu’il doit porter
est difficile. On devra tenir compte du lieu où a été trouvé le cadavre
( *7 )
de la température de l’air, de son humidité ou de sa sécheresse, et
de I influence de la saison. Nous allons tâcher de déterminer i.“si le
fœtus est mort avant de naître; 2 ." s'il est mort pendant l'accouche¬
ment; 3 .» s d a vécu après sa naissance ; 4 .- combien de temps il a
vécu , et depuis quel temps il est mort
Onpeutavoir quelques pro-
babihtes pour croire que l’enfant n’est pas né vivant, si l’on a déjà
décidé qu il n était pas venu à terme, et qu’il n’était pas viable.
On rap p 0rte par mi les causes qui font^érir le plus communément
Ienfant avant de naître, la torsion du cordon ombilical, lorsqu’il est
noué sur lui-même, trop court, entortillé autour du cou de l’enfant;
lorsque celui-ci est acéphale, hydrocéphale et mal conformé. Alors
voici ce qu’on remarque lorsqu’un enfant est mort depuis quelques
jours dans 1 utérus. Le petit eadavre a perdu plus ou moins de la con¬
sistance, de la fermeté qui lui est propre, les membres sont laxes, les
chairs sans consistance, 1 epiderme s’enlève par le'simple contact, la
peau est d’un rouge pourpré et brunâtre; souvent il y-a une infiltra¬
tion séreuse, sanguinolente dans toute l’étendue du tissu sous-cutané,
et spécialement sous la peau du crâne, ou cuir chevelu j souvent aussi
on trouve une quantité plus ou moins grande de cette sérosité rou¬
geâtre dans le péricarde, les cavités spianchniquésy les membranes
et les viscères du thorax et de l’abdomen ont une teinte rougeâtre
foncée; l’intérieur des vaisseaux présente la même couleur ; je cordon
ombilical est gros, mou, infiltré, livide, et se déchire facilement,
le thorax est affaissé, la tête se déforme, s’aplatit par son propre poids :
les commissures membraneuses ou sutures du crâne sont rès-
relâchées 5 quelquefois même les os du crâne sont entièrement
désunis, et la masse de l’encéphale est dans un état de coiîiquaiion
fétide. Enfin tout caractérise un mode particulier de décomposition
plus ou moins avancée.
D’autres fois le corps du fœtus se dessèche, son tissu est plus com¬
pacte, et il passe à cet état connu sous le nom de conversion en gras .
Ces cas sont peu communs. Les signes tirés de la mère, et qui peu-
( 18 )
vent servir, avec les précédens , à conclure que l’enfant est mort avant
de naître, sont : la cessation des mouvemens actifs et passifs du fœtus;
un tiraillement dans les aines, et une pesanteur dans î’hypogastre ,
principalement du côté droit ; un ballottement semblable à celui
causé par une masse inerte; la céphalalgie, des vertiges, des bâille-
mens fréquens, des nausées, des défaillances, le visage pâle, les
yeux enfoncés, le regard triste et inquiet, une auréole livide autour
des paupières, la flaccidité des mamelles, qui primitivement étaient
dures, secrétant un fluide séreux, un écoulement noirâtre par la
vulve; les eaux de l’amnios exhalent une odeur désagréable. A ces
signes tirés du fœtus et de la mère on peut ajouter ceux qui sont dus
à une multitude d evénemens connus ou inconnus, tels que des ma¬
ladies, des coups, des chutes, des frayeurs excessives, une hémor¬
rhagie utérine.
a. 0 L’enfant est-il mort pendant l’accouchement? L’enfant peut
être bien conformé, vivre dans le sein de sa mère, et périr pendant
l’accouchement. i.° La longueur du travail, 2 . 0 l’entortillement du
cordon ombilical autour du cou, 3.° sa compression, 4-° la sortie du
placenta avant celle du fœtus, sont autant de causes qui peuvent dé¬
terminer la mort, de même qu’une fausse manœuvre qui aurait été prati¬
quée. Il sera alors d’autant plus difficile au médecin de décider sur
ces différens cas que le temps où aura eu lieu l’accouchement sera
plus reculé, et qu’il n’aura aucune donnée sur son travail. Toute¬
fois la tuméfaction et l’infiltration séreuse ou sanguine serviront à
faire connaître la position du fœtus, et les diverses manœuvres qu’on
aurait employées pour faciliter son expulsion de l’utérus. Si l’apo¬
plexie a causé sa mort, sa peau aura une couleur livide violacée; la
face sera tuméfiée, rarement ecchymosée ; le cerveau sera engorgé de
sang, et les ventricules du cœur seront distendus parle même liquide.
Si sa mort est due à la sortie prématurée du placenta, à la rupture ou
à la pression du cordon ombilical, le corps sera pâle, et les vaisseaux
contiendront peu de sang.
( 19 )
3 '° L ’ e ¥" nt a ' Ul vécu a P rès sa naissance ? Nous ne combattrons
pas les différens moyens que de célèbres médecins ont pronosés
pour résoudre cette question; nous nous attacherons principalement
a rapporter les méthodes connues qui sont et qui doivent être mises
en usage. Quoi qu’il en soit, nous ne passerons pas sous silence les
procédés pour lesquels on a porté le plus d’attention dans les écoles.
ame a imagine de mesurer la circonférence du thorax avec un fil
et de la comparer à la hauteur delà portion dorsale des vertèbres, en
observant la d ls tance du sternum à ces mêmes vertèbres, parce que,
a-t-il dit, 1 inspiration ne peut avoir lieu sans la dilatation du thorax,
élévation du sternum, et le redressement des côtes. Il a aussi imaginé
de peser successivement les poumons dansTair et dans l’eau, et de con-
siderer 1 élévation et le déplacement de l’eau dans le vase où l’expérience
aurait été faite. La méthode de Plaque, consiste à déterminer, le
plus scrupuleusement possible, la convexité du diaphragme, et d’ob¬
server, à l’aide d’un fil àplomb, à quelle côte correspond le centre apo-
nevrotique du diaphragme. Ainsi, a-t-il dit, chez un enfant qui n’a pas
respire, il correspondra à la cinquième côte, et chez celui qui aura
respire, à la sixième. D’autres auteurs ont prétendu qu’on pouvait
tirer un grand parti de l’état des canaux artériel et veineux, et même
du cordon ombilical. Quelques-uns ont dit que , si la vessie était
remplie d’urine, et que le méconium ne fût pas rendu, cela suffirait
pour prouver-que l’enfant n’aurait pas respiré. Ce caractère n’est
qu’incomplet.'Nous ne doutons pas que, si l’on avait des tables de corn-
paraison, et en assez grande quantité, les moyens de Daniel et de
Plouquet ne fussent praticables. On les enseigne dans les écoles, en
recommandant de n’y attacher qu’une valeur relative. Lorsqu’il s’agit
de la vie et de l’honneur des hommes, on doit éloigner toutes sup¬
positions , et n appuyer une décision que sur des preuves positives et
incontestables, et que chacun puisse facilement répéter.
Il s’agit de prouver si Ienfant est mort après Vaccouchement. Si im
enfant est mort après l’accouchement, il est évident qu’il a joui de
la vie extra-utérine. Si l’on prouve qu’il a respiré, on sera encore
( 20 )
plus fondé à croire qu’il a vécu. Pour cela, on examine les organes
de la respiration et de la circulation. Ce procédé n’a pas échappé à
Galien. Thomas Bartholin, et Jean Svdàmmerdam firent, en l’année
1664, de nombreuses expériences sur la docimasie pulmonaire.
Ce fut en 1682 qu’on l’appliqua, pour la première fois, à la mé¬
decine légale dans la question de l’infanticide. Ce fut Schreber qui
fit le premier cette application. Elle a été observée successivement
par la plupart des médecins. Hebenstreit fut un des premiers à dou¬
ter de sa certitude, et des conséquences qu’on en déduisait. Par les
conclusions que nous allons en tirer on verra jusqu’à quel point le
doute d’Hebenstreit peut être légitime. Il est de fait que, si l’on exami¬
nait les rapports qui pèchent essentiellement contre la méthode que
nous allons indiquer, on frémirait en considérant leur inexactitude.
On est convenu d’appeler docimasie pulmonaire l’épreuve que l’on
fait sur les poumons pour s’assurer si un enfant a respiré. Voici
comme on procède le plus exactement à cette opération : on détache
ensemble le cœur et les poumons, on les met dans un vase (M. Fodéré
conseille de les laver dans une lessive alcaline avant de procéder à
leur immersion ) contenant environ un pied d’eau claire à la tem¬
pérature de i-o à 1 5 degrés.Si les poumons surnagent avec le cœur, à
plus forte raison ils surnageront sans cet organe. Si, au contraire, ils
ne surnagent pas, on détache le cœur, et on fait l’expérience sans ce
viscère. S’il n’y a pas encore de supernatation, on agit séparément avec
chaaue pounmn ; si le résultat n’est pas plus satisfaisant, on divise
chaque poumon en plusieurs parties , et l’on fait l’épreuve avec cha¬
cune de ces parties. Après avoir examiné les poumons, et les avoir vus
surnager, ou une division de l’un d’eux, on est certain (jusqu’à un
certain point, comme nous le dirons bientôt) que l’enfant a respire ;
mais cela ne prouve pas qu’il ne soit pas mort avant de naître. Il esta peu
près certain que f enfant peut respirer lorsque l’orifice de l’utérus est
ouvert, et surtout lorsqu’il présente labouche à cet orifice. Oberkamp ,
Haller, Morgagnî > P bouquet } Buffbn , Leroux , Sabatier el Bau-
dehccjue avouent chacun, par des observations qui leur sont propres,
(21 )
que l’enfant peut respirer quelquefois avant d’être sorti entièrement
de 1 utérus. M. Béclard a ouvert des femelles pleines ; après avoir
examiné les membranes, ii s’est assuré que l’air n’y entrait point, et
cependant il a vu les petits contenus dans leur intérieur exécuter
des mouvemens respiratoires , consistant dans l’ouverture des narines
et l’élévation des parois du thorax; et ces mêmes mouvemens deve¬
nir plus étendus, plus rapprochés à mesure que, par le resserrement
progressif de l’utérus, la circulation entre la mère et le fœtus deve¬
nait plus imparfaite.
Sous avons répété, à deux reprises différentes, et avec le plus grand
soin , les expériences de M. le professeur Béckrd , et nous avons tou-
jouxs cru nous apercevoir que les mouvemens auxquels se livraient les
petits des mères sur lesquelles nous opérions étaient moins dus à
1 élévation et à 1 abaissement de la poitrine qu’à la gêne qu’ils sem¬
blaient .éprouver par la moindre quantité de sang qu'ils recevaient,
déterminée sans doute par celui que l’opération avait fait perdre à la
mère, et par les douleurs que celle-ci éprouvait.Quoi qu’il en soit, des
observations authentiques prouvent que, la tête de l’enfant seulement
hors delà vulve, celui-ci peut respirer; on en a même entendu crier.
On a vu aussi la respiration s’effectuer chez des enfans dont toutes les
parties étaient sorties, excepté la tête. Nous pensons que l’air se trouve
alors introduit en détachant la tete. Peut-on après cela se refuser
d’admettre que l’enfant peut respirer avant d’être expulsé, et mourir
pendant raccouchement? Les poumons d’un enfant peuvent surnager,
quoique celui-ci n’ait pas respiré. Trois circonstances peuvent déter¬
miner la supernatation : i.° l'insufflation, a. 0 la putréfaction, 3.° l'em¬
physème. Lorsqu’on insuffle des poumons, non-seulement on peut
les rendre plus légers, mais encore simuler les autres phénomènes de
la respiration, à l’exception de l’augmentation du poids , qui
reste le même. L’insufflation se pratique quelquefois dans l’as¬
phyxie des nouveau-nés. Il y aurait des moyens d’indiquer si un en¬
fant à respiré , ou si l’on a insufflé de l’air dans ses poumons. Ces
moyens consisteraient à déterminer la quantité de sang qu’il y aurait
( 22 )
dans les poumons d’un enfant qui n’aurait pas respiré, et dans les
poumons d’un autre qui aurait respiré. Chez celui qui n’aurait pas
respiré , l’insufflation ne pourrait faire venir une plus grande quantité
de sang ; et si l’on pesait les poumons dans cet état, on pourrait avoir
la différence. Ce qu’il faut remarquer, c’est que la compression ne
peut chasser l’air introduit par l’insufflation, de même que celui in¬
troduit par l’acte de- la respiration. C’est bien ici où la méthode de
Ploucjuet pourrait être d’une grande utilité. Voici, au sujet de cette
méthode, ce que M. Lecieux rapporte : » Quatre cents expériences
« ont été faites avec le plus grand soin à la Maternité. Il suffira de
« jeter un ccsup-d’œil sur ces tables pour reconnaître que, dans des
* enfans du même âge, et dans la même circonstance, les poumons
« présententde grandes différences dans leur poids et leur coloration.
« Non-seulement les poumons diffèrent aux diverses époques de la
« grossesse, mais encore dans chaque individu, suivant sa constitu-
« tion et au grand nombre de circonstances particulières. On ne peut
« donc point établir un jugement aussi solide sur des bases aussi
* variables. » â.°Si l’on sépare les poumons d’un enfant né mort, et
si on les fait pourrir dans i’eau, on verra qu’après le septième ou
onzième jour, ils gagnent la surface du liquide, et y restent jusqu’au
vingtième ou vingt-cinquième jour; qu’ensuite ils se précipitent
pour ne plus reparaître. La putréfaction est beaucoup plus lente , si
l’enfant n’a pas été ouvert, et que les poumons n’aient pas été déta¬
chés. Dans ce cas, les gaz qui les rendent plus légers que l’eau sont
contenus dans le tissu lamineux interlobulaire, et non dans les cel¬
lules bronchiques. Aussi, par la compression, on parvient à chasser
ces gaz,etles poumons tombent au fond de i’eau. Ce phénomène a con¬
stamment lieu. Le thymus et la vessie surnagent aussi quelquefois lors¬
qu’ils sont en putréfaction; d’autres fois ils viennent à la surface du
liquide, et retombent aussitôt. 5.° Il y a emphysème des poumons dans
l’accouchement par les pieds, si le bassin de la mère est mal conformé’
le thorax étant très-comprimé, les poumons sont contus, et il y a
épanchement de sang; l’enfant vient au monde mort; les poumons sur-
( 25 )
nagent, et ils ne sont cependant ni pourris, ni insufflés. Cela tient à
la putréfaction du sang épanché, qui dégage des gaz qui pénètrent
caus le» cellules du tissu lamineux; on les expulse par la compres¬
sion. L’épreuve pulmonaire peut faire voir qu'un enfant n’a pas res¬
piré quoiqu'il ait vécu après sa naissance. % a des enfans qui, après
lem naissance, restent assez Long-temps sans respirer ; quelquefois,
en insufflant de l’air dans leurs poumons, on parvient i les faire sortir
de cet état. Baudebcque a vu un enfant dont une portion de l’un et
de l’autre poumon. quoique très saine , après six mois de vie, n’était
pas encore pénétrée par l’air, tandis que le reste de l’organe offrait
beaucoup de tubercules dont plusieurs étaient en suppuration. M. le
professeur Boyer a également vu les poumons d’un enfant, qui avait
vécu vingt-un jours, denses, compactes et noirâtres à îa partie pos¬
térieure, Unenfant peut aussi, ennaissant, tomber dans l’eau et n’être
qu'asphyxié. H est évident qu’il n’aura pas respiré, et cependant
il aura vécu, la circulation se sera faite dans l’eau comme dans l’u¬
térus au moyen du trou de Botal et des canaux artériel et veineux.
Buffon a fait, a cet égard, sur des animaux-, des expériences qui
sont très-curieuses.
Toutefois voici ce que l’on remarque encore chez des enfans qui
n’ont pas respiré. Les pouvions ont peu de volume, sont d’un rouge
brun, accolés aux parties latérales de la colonne vertébrale, ne cou¬
vrent jamais ou presque jamais le péricarde, ne sont point crépi-
tans ; les vaisseaux pulmonaires contiennent bien moins de sang :
aussi les poumons sont-ils moins pesa ns qu’ils doivent l’être par la
suite. Le diaphragme est fortement refoulé en haut ; le thorax est peu
voûté; les canaux artériel et veineux, et le trou de Botal, sont ouverts.
Si l’enfant a respiré, on trouve, au contraire , les poumons dune cou¬
leur rose; le thorax est dilaté, voûté ; la position des poumons varie;
le diaphragme est refoulé en bas ; les canaux artériel et veineux,
et le trou de Botal plus petits ou bouchés ; la vessie, le rectum vides ou
presque vides. On peut croire que la respiration a eu lieu, si le thorax
est voûté, dilaté ; cependant sa voussure et son ampleur doivent être
( * 4 )
seulement considérées comme des signes accessoires. La situation et
le volume des poumons ne sont' pas les mêmes chez l'enfant qui a
vécu et chez celui qui est mort. Si la respiration a été prolongée un
certain temps et librement, les poumons recouvrent presque entiè¬
rement le péricarde. Smith a vu cependant un enfant qui n avait pas
respiré et dont toute la cavité thoracique était remplie par les pou¬
mons. On ne peut également considérer la couleur des poumons que
comme un signe accessoire : elle change quelquefois à 1 ouverture du
corps. On a vu des eufans qui n'avaient pas respiré avoir des pou¬
mons roses, et d’autres qui avaient respiré les avoir d’un rouge brun.
Dans la plupart des cas , le contraire a lieu.
De ce que nous venons de dire on peut conclure, i.” si les pou¬
mons surnagent, et si les canaux artériel et veineux, ainsi que le
trou àeBotal, se trouvent obstrués; si le cordon ombical est détaché,
ou près de se détacher, que l’enfant a vécu et respiré; 2." s. Ion-ne
trouve pas les canaux artériel et veineux, et le trou de IfoWobstrues,
ni l’état du cordon tel que nous venons de le dire; que cependant .e
thorax soit voûté, et que les poumons surnagent ; quds recouvrent
le péricarde en totalité ou en partie; s’ils sont dune couleur rouge
pâle, et si le diaphragme est refoulé en bas, on peut conclure que le
Lus à terme a respiré, ou que les poumons sont insuffles ou pourris;
mais ce dernier état sera facile à distinguer.il restera alors a opter entre
la respiration-et l’insufflatîonr« Eschenbach et quelques médecins et
« jurisconsultes pensent que ia supposition de l’insufflation est mad-
. missible : il ne leur paraît pas vraisemblable qu une femme qu, ac-
. conçue clandestinement, et qui veut se défaire de son enfant,
„ cherche à le ranimer en insufflant de l’air dans ses poumons , ainsi
. une cela se pratique comme nous l’avons déjà dit,. Nous nous
rangeons de cet avis, en admettant toutefois avec Morgagm le cas
où quelqu’un, après s’être procuré l’enfant mort-né, soufflerait de
l’air dans les poumons de celui-ci dans l’intention de perdre une mère
innocente, en la faisant soupçonner d’infanticide. 3 .»En supposant
qu’on soit certain que l’enfaût ait respiré, on ne peut conclure qu’il a
( 25 )
vécu qu autant qu’on est également certain qu’il n’est pas mort pen¬
dant 1 accouchement. 4-° Si les poumons seprécipitent au fond de l’eau,
on ne peut pas conclure que l’enfant n’a pas respiré. On a l’exemple
d un enfant qui vécut cinq jours, et dont les poumons ne surnageaient
pas, et n’avaient pas même changé de volume. Nous avons vu , en sui¬
vant les leçons de M. le professeur Orfila , les poumons d’un enfant
qui avait vécu dix à douze heures, se précipiter au fond de l’eau. Ce
ne fut qu’après les avoir séparés qu’on parvint à en faire surnager
un. 5.° Que la méthode de Ploucjuet ne peut être employée à cause
de son peu d’exactitude, et que celle de Daniel ne peut l’être à cause
de sa complication.
Peut-on déterminer combien de temps un enfant a vécu , et depuis
combien de temps il est mort P II est difficile de déterminer d’une ma¬
nière précise combien de temps un enfant a vécu. Si on trouve la
peau rosée ou rougeâtre, onctueuse, enduite d’un vernis ; si le cor¬
don ombilical est mou , spongieux, point détaché; si on ne recon¬
naît aucune auréole à sa base ; si l’estomac est vide , et si les intes¬
tins contiennent plus ou moins de méconium, on présumera que
l’enfant aura peu vécu. On sera porté à croire, au contraire , que
l’enfant aura vécu plusieurs jours y si l’on trouve la peau sèche,
s’il n’y existe plus d’enduit, si l’épiderme s'enlève par petites écailles,
si le cordon ombilical est sec, raccourci, détaché, ou près de se déta¬
cher ; s’il présente une auréole rouge à sa base, ou une cicatrice ; si
l’on trouve dans l’estomac quelques matières alimentaires; si le mé¬
conium et l’urine sont expulsés. Pour décider depuis combien de
temps un enfant est mort, il faut avoir égard à l’état de l’œil, à celui
de la peau , à la rigidité cadavérique et à la putréfaction. i.° Si l’œil
est plein, brillant, injecté; si la peau est ferme, la membrane mu¬
queuse pas encore décolorée, on peut soupçonner que la mort est
récente. Dans la première période, après la mort, il y a encore cha¬
leur; les muscles sont très-susceptibles d’être contractés par le fluide
galvanique. Dans la deuxième période , la rigidité cadavérique a lieu,
4
(’ 6 )
et le même fluide n a alors plus d’action sur les muscles. Dans 1k
troisième période, la rigidité cesse, la putréfaction survient. Il Faut*
pour décider, d’après l’état de putréfaction , s’il y a long-temps que
l'enfant est mort, avoir égard au lieu où a été trouvé cet enfant, et à
la température de l’air. Ainsi la putréfaction se fera plus promptement
dans un air humide que dans un air sec; elle aura plus tôt lieu dans 1 air
que dans l’eau, et dans l’eau que dans la terre. Ainsi, soient deux enfans
également putréfiés , l’un trouvé à la surface de la terre , étTaufre
dans des fossés d’aisance, on pourra dire qu il y aura plus long-temps
que ce dernier sera mort que le premier. Si 1 enfant est en contact
avec l’air parfaitement sec , il ne se putréfie pas, mais se desseche.
Les momies d’Egypte en sont un exemple. De même, si l’enfant
se trouvait placé de manière à être prive d air atmosphérique
( ce qui n’est pas présumable ), la putréfaction serait retardée.
M. Biot a constaté cela par différentes expériences. Voici à fieu près la
marche que suit la putréfaction : d’abord ramollissement, change¬
ment de coloration commençant par l’abdon/én. $L Cfiàûskier à re¬
marqué que chez les enfans qui ont pris de la nourriture, la paroi
abdominale verdit plus tôt que chez ceux qui n’en ont pas pns.L’odeur
infecte qui se dégage n’est pas toujours la même ; elle varie suivant
que la putréfaction est plus ou moins avancée. D aboi d il se dégage
du gaz hydrogène sulfuré, puis des gaz ammoniacaux. Dans la qua¬
trième période, l’odeur ammoniacale disparaît pour être remplacée
par celle du gaz hydrogène sulfuré. Il suinte aussi une matière de
nature particulière' Enfin, dans ïa dernière période, il ne reste plus
qu’un terreau épais. Lorsque la putréfaction a eu lieu dans l’eau,
iï ne se forme pas les mêmes produits; les gaz qui se dégagent résul¬
tent dune combinaison d’acide oléique, d’acide margarique. d’am¬
moniac, de potasse et de chaux. M. Chaussier nomme saponification
cet état où se trouve réduit le cadavre, qui met ordinairement deux
mois à s’v transformer. Si Fenfant a été enterré, la putréfaction sera
d’autant moins avancée que le terrain sera plus sec.
Celte question présente d’autant plus d’intérêt qu’elle peut faire
( 27 )
connaître si l’enfant trouvé mort appartient à la personne accusée,
ou à faire rendre la liberté à celle qui serait poursuivie par une
odieuse calomnie.
Il ne suffit pas, pour satisfaire à la justice, d’avoir constaté que
l’enfant était viable, qu’il a respiré, le temps qu’il a vécu, et depui?
combien de temps il est mort; il faut encore faire connaître à quoi
peut être attribuée sa mort, et le rapport qu’il peut y avoir entre l’en¬
fant et la personne accusée. La mort peut être la suite immédiate et
nécessaire du travail de l’accouchement, d’une disposition congéni¬
tale , ou peut être imputée à quelque négligence ou à un acte de vio¬
lence-
Quelle est la cause de la mort de l’enfant pendant ou après l’accou¬
chement? Pans les recherches des causes qui ont pu déterminer fa
mort de l’enfant, l’expert commis par la justice devra toujours pen¬
cher eu faveur de l aecusée lorsqu’il anTa quelque doute surl’existeaçe
du fait. Il vaut encore mieux que le crime demeure impuni que de
frapper l’innocence. Il est d’ailleurs si difficile de croire à la possibi¬
lité d’un crime si atroce, l’un de ceux qui répugnent le plus à la na¬
ture, et dont on trouve même si peu d’exemples parmi les amoraux
les plus carnassiers ! Ces, animaux, dis-je, loin de faire périr leurs
petits , eu ont un soin tout particulier, et s’exposent continuellement
aux plus grands dungep# pour leur procurer l'existence. Il a bien existé
des peuples, et il en existe encore, empreints d’un fanatisme tout
particulier- Ces malheureux ont la cruauté et la barbarie de mettre à
mort leurs en fans, soit au mmuent de la naissance, soit plus tard. Il
est vrai de dire aussi que c.çs mêmes enfans ne craignent pas de mettre
eux-mêmes le feu au bûcher qui doit arracher la vie à celle qui leur
a donné le jour. Mais , de quelque manière que la superstition ait fait
agir les Spartiates et les Romains, et qu’elle fasse agir maintenant les
Chinois et les Indpus, en France, quelque faible et contrefait que soit
l’enfant qui naît, on punit celui qui a osé attenter à ses jours,
Nous avons déjà remarqué qu’un enfant peut périr dans le travail
de l’accouchement ou peu de temps après sa naissance, surtout si
1 accouchement a été laborieux et que le bassin de la mère fût mal
conformé. On pourra distinguer ces circonstances, et il restera tou¬
jours sur le corps de l’enfant des vestiges propres à faire reconnaître
le mode et la nature de l’accouchement.
Nous allons maintenant, en suivant la distinction des médecins
légistes, diviser les modes d’infanticide en causes par omission, et
causes par commission: On range parmi les causes par omission
les soins et les secours qu’on a négligé de donnera l’enfant pour
assurer son existence. Les causes par commission sont toutes les vio¬
lences exercées pour déterminer la mort de l’enfant. Le premier cas
renferme quatre chefs principaux : i .“la température de l’air, 2 ° l’ina¬
nition, 3.° l’asphyxie, 4 ° i’hémorrhagie du cordon. Il est certain que
l’enfant peut périr s’il est exposé à une température trop chaude ou trop
froide. Celle dans laquelle il se trouvai dans le sein de sa mère était
de 32 degrés , celle à laquelle il est exposé immédiatement après sa
naissance est de i5 à 18 degrés (thermomètre de Réaumur ), ce qui
fait une grande différence pour un changement aussi subit. On pour¬
rait peut-être faire rentrer ce cas parmi les causes par commission ;
car il estbienrare qu’une femme ne sache pas que la chaleur trop con¬
sidérable et le froid trop intense peuvent faire périr son enfant. 2. 0 L’en¬
fant peut périr d’inanition. Au bout de vingt-quatre heures, il com¬
mence à souffrir la faim, et meurt si l’on est deux ou trois jours sans
lui donner de nourriture. 5.° L’asphyxie peut être regardée comme
une cause fréquente de la mort des enfans, soit qu’on ait négligé d’in¬
suffler de l’air dans ses poumons, d’extraire les mucosités glaireuses
qui se trouvent quelquefois dans sa bouche, de laisser saigner assez
le cordon, et enfin par la position qu’on aura donnée à la tête et sur¬
tout à la bouche de l’enfant. 4*° L’hémorrhagie du cordon ombilical.
Lorsque le placenta n’est pas expulsé, et que le cordon n’est pas
coupéon remarque des pulsations assez régulières, qui peu à peu
deviennent irrégulières, et cessent enfin. Elles deviennent d’abord
moins sensibles du côté du placenta, et disparaissent en dernier lieu
( *9 )
du côté de l’ombilic. Si on coupe le cordon lorsque les battemens se
font encore sentir près du placenta, 1 hémorrhagie est assez forte ;
mais si, au contraire, les battemens ont presque cessé du côté de
l’ombilic , l'hémorrhagie n’est pas aussi considérable. Geci posé, l’hé¬
morrhagie peut-elle déterminer la mort de l’enfant, soit que le cor¬
don ombilical ait été coupé, soit qu’il ait été rompu? Les opinions
sont partagées. Hippocrate , Galien } Avicennes ont considéré cette opé¬
ration comme indispensable ; les peuples même les moins civilisés la
pratiquent. Tels sont les Kantchadales et les Karagaises. Nous citerons
en opposition plusieurs auteurs modernes très-recommandables;
tels sont Michel Alberti , Schaëlÿ à Gottingue, Jean Farifoni. Jean-
Henri Schuhius prouve, dans une dissertation ayant pour titre , an
oinbilici dèligatio in imper natis absoiute necessaria su! que l’omis¬
sion de là ligature du cordon ne saurait être Suivie d’une hémorrha¬
gie assez considérable pour devenir funeste à un enfant bien portant ,
et qu’en conséquence on ne devait pas regarder cette omission
comme cause de mort absolue. Gir'àrd de Lyon et Malien admettent
des cas où la non-ligature ne peut pas causer la mort ; mais ils n’en
font pas une règle générale.
M. Gapuron prétend que la seule omission de la ligature du
cordon ombilical, indépendamment de toute autre cause, ne serait
pas suffisante pour déterminer la mort du nouveau-né^-Pour nous,
nous pensons qu’il est nécessaire de pratiquer la ligature. Lorsqu’on
a coupé le cordon, le sang peut ne pas sortir, parce que, la respira¬
tion ayant lieu, il s’effectue un autre mode de respiration : mais si,
par une cause quelconque , la respiration s’arrête ] Fhémôrrhagie
peut arriver. Il est vrai de dire qu’il y a beaùèoup d’enfans qui vi¬
vent sans que le cordon ait été lié ; mais il y en a beaucoup aussi qui
sont morts faute de cette ligature. 11 ne faut pas toutefois que là liga¬
ture détermine les médecins â décider qui! h y a pas eu d’infanti¬
cide; caria ruse peut suggérer à une femme d’en faire la ligature,
bien que l’hémorrhagie ait eu lieu. Rose semble admettre que les
enfaus faibles ne mourraient pas d’hémorrhagie par la non-ligature
( 3 ° )
du cordon ; que les enfans vigoureux y seraient seuls exposés. Mais
il est prouvé que les enfans faibles ou forts sont également exposés
à mourir d’hémorrhagie. L’hémorrhagie sera aussi d’autant plus dan¬
gereuse que le cordon aura été coupé plus près de l’ombilic.,Elle sera
également plus à craindre lorsque le cordon aura été coupé, que lors¬
qu’il aura été rompu II y a même des auteurs qui pensent que, s’il
y a hémorrhagie dans ce dernier cas, elle ne peut être mortelle. Enfin,
lorsque l’on trouve tous les signes de la mort par l'hémorrhagie, et
que le cordon n’a pas été lié, on ne doit affirmer que l’enfant est
mort par suite de cette négligence qu’autant qu’on est convaincu
que la perte de sang n’a pas été occasionnée par une autre cause que
par le défaut de ligature du cordon. Y a-t-il des circonstances dans les¬
quelles rémission delaligature du cordonayanteulieuonne puisse affir-
que cette omission est la cause de la mort? Il est possible qu’omne
fasse pas la ligature du cordon , et qu’on ait placé un bandage pour
empêcher l’hémorrhagie d’avoir lieu, et l’enfant meurt d’une autre
cause. Il peut de même arriver que l’on n’ait pas eu le temps de
lier le cordon parce que l’enfant est mort auparavant. Pendant l’ac¬
couchement, le décollement subit du placenta peut avoir lieu, et le
cordon se rompt; l’hémorrhagie est alors considérable, l'enfant
meurt * et cependant il a respiré au passage. Alors il arrive que les
poumons surnagent ; la mort a été la suite de l’hémorrhagie, et l’on
peut croire que l’infanticide a été eommis.
Peut-on reconnaître que l’enfant est mort d*hémorrhagie P Lors¬
qu’un enfant est mort d’hémorrhagie, les. vaisseaux, les oreillettes,
et les ventricules du coeur ne renferment point de sang, ou du moins
très-peu ; les muscles , les yi$oèrf s - ®°nt pâles et décolorés ; la peau
surtout présente ce, phénomène.
Nous voici arrivé à cette éaumoratipn pénible et affligeante des
moyens qui ont été suggérés par la barbarie pour faire périr impitoya¬
blement un enfant. En exhumant des greffes des tribunaux les causes
qui ont produit [infanticide par commission, on trouve que la mort
( 5i )
d’un enfanta été due. tantôt à un fer aigu introduit dans le vagin
avant l'accouchement pour le faire périr avant qu’il respirât ; tantôt
à 1 acupuncture, dans les narines, dans le rectum, dans l’encéphale:
tantôt la tête, la poitrine, l’abdomen et tout le corps sont écrasés
par Une forte compression ; tantôt les narines et la bouche sont tel¬
lement bouchées avec de la terre, de la cendre, delà paille, du
linge, des plumes ou des matières stercoraîes, que l’enfant périt as¬
phyxié ; tantôt c’est en comprimant son cou ; tantôt en le surchar¬
geant de hardes. Tantôt sa mort e^t due à la luxation ides vertèbres
cervicales . déterminée par la torsion du cou ; tantôt c est en l'en¬
fouissant vivant ; tantôt en le "noyant ; tantôt en le jetant dans les
cloaques ; tantôt en lui faisant respirer la vapeur du soufre ou de
quelque autre gaz délétère. Il va même des femmes qui ont poussé la
cruauté jusqu’à couper leurs enfans par morceaux, ou à les brûler
pour en faire disparaître jtisqüaüx moindres vestiges. Peut-être existe-
t-il encore d’autres râfflnemens d.e'èe erirae éils nous sont inconnus.
S’il fallait entrer dans des détails pour faire reconnaître ces diffé-
Tens genres de mort, cela nous conduirait extrêmemeritloin, êtmous
bütf e-passëriôns ? la tâche que-nous iious sommes imposée . 1 Ges rensét-
gnemëns, la ''Wlté, r he Géraient ; pas déplaces ici ; mais, comme
noüsp’avons dit plus haut ^ nous supposons le médecinTnstruit-ét
capable de se conduire sans mentor. D’un autre côté, et Te choix
que l'autorité 1 devra faire pour la découverte d’un acte qui doit
établir ou détruire ? la réalité d’une récusation- aussi * terrible, tom¬
bera nécessairement sur l’homme reconnu pour-exereer aon art -avec
le plus de dîstinction.
Toutefois nous ne pouvons nous empêcher de recommander la
plus scrü ptiléu se a tténtion, soit en faisant ITnspection extérieure du
cadavre , soit après en avoir fait-l’ouverture. Surtout de n’oublier
jamais de rendre compte de l’état dès viscères contenus dans:chacune
des trois cavités splanchniques. L’omission: de Inné délies suffirait
peut-être pour faire frapper de nullîtôom rapport. On devra donc
procéder par voie d’analyse, afin de déterminer avec précision le
;C 3a )
nombre, la valeur et le degré d’influence des causes qui ont produit
la mort.
Nous ajouterons cependant que, parmi les causes ci-dessus énon¬
cées, la torréfaction d’un enfant vivant pourrait être reconnue, s’il
échappait aux flammes quelques parties, et que l’on trouvât des phlyc -
tènes sur ces parties.
Lorsque la torréfaction a lieu après la mort, on ne trouve jamais de
phlyclènes. Si les poumons n’étaient pas consumés, on pratiquerait aussi
la docimasie pulmonaire. Lorsque la mort est due à l’asphyxie par les
gaz acides sulfureux, comme Alberli l’a rencontrée, les poumons
sont livides. M. le professeur Halle , qui a répété ces expériences sur
des animaux , atteste qu’effectivement la suffocation par cette espèce
de gaz produit la couleur livide des viscères de la poitrine.
Examen de quelques cas dans lesquels la mère ne peut pas être
accusée davoir tué son enjant,
1 °.Si 1 enfant meurt d’une hémorrhagie qui a en même temps compro¬
mis les jours de la mère de manière que celle-ci se trouvât dans l’impos¬
sibilité de lui donner aucun soin. 2°. S’il y a syncope, ce qui arrive
surtout chez les primipares. 3 °. Si l’épuisement d’un enfant par suite
d une hémorrhagie intra-utérine est telle, qu’on le croit mort et qu’on
néglige de lier le cordon. 4 °- Si la mère a ignoré sa grossesse, ayant
conçu dans un état de narcotisme et de sommeil léthargique, ou
parce qu elle est idiote. On doit se tenir en garde sur une déclaration
de cette nature. Plusieurs objections se présentent naturellement à
l’esprit. Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de cohabiter
avec une primipare sans que celle-ci ne soit réveillée par l’action du
coït : si la chose cependant avait lieu, on pourrait peut-être ad¬
mettre que les mouvemens du fœtus se seraient présentés à son esprit
d’une manière si confuse , quelle n eût pu s’en rendre compte , igno¬
rant les antécédens. Nous pensons avec plusieurs auteurs qu’il n’en
serait pas de même d’une femme qui aurait déjà eu d’autres enfans.
( •« )
L excuse ne serait pas valable. 5 °. Si l’accouchement est très-prompt,
et que 1 enfant soit lance avec plus ou moins de force contre un corps
plus ou moins dur. M. Chaussier a fait, à ce sujet, à l’hospice de la Ma¬
ternité, sur desenfans morts ^beaucoup d’expériences qui ne laissent
rien à désirer. (Voir la thèse de M. Lecieux.) 6°. S’il y a déchirure du
cordon ombilical. Il ne faut cependant pas admettre aussi facilement
qu on pourrait le croire la déchirure de ce cordon; il faut encore une
certaine force pour le rompre ; les expériences de M. Chaussier le
prouvent assez. Il sera toujours facile de reconnaître si le cordon a été
coupé ou s’ila été rompu ; les bouts sont lisses, s’il a été coupé, tandis
qu’ils sont inégaux et présentent des lambeaux, s’il a été rompu. 7 0 . Si
l’enfant a été étranglé par rentortillement du cordon ombilical autour
du cou. Dans ce cas, l’enfant ne meurt pas seulement par défaut
d'air, mais encore par l’empêchement de la circulation dans les
■vaisseaux ombilicaux du cou. 8°. Lorsqu’il y a congestion céiébrale.
9 0 . Lorsqu’il y a fracture avec épanchement sanguin, et qu’on
prouve que la chute de l’enfant a été accidentelle. io°. S’il y occlu¬
sion précoce du trou de Boitai. On peut encore avec Smellie, Mauri -
ce au et Baudelocfue , considérer les nœuds du cordon ombilical ,
comme une disposition très - fâcheuse, à laquelle on peut imputer
la mort de l’enfant.
Existe-t-il quelque rapport entre Venfant trouvé mort et la per¬
sonne accusée ?Les faits qui peuvent se rapporter à cette question exir-
gent une distinction sévère , et provoquent la sagacité du médecin.
Quand un état semblable à celui de la grossesse a disparu chez une
fille ou chez une femme, et que, d’un autre côté, un enfant nouveau-
né a été trouvé mort, la justice ordonne une enquête dont l’objet est
de déterminer s’il y a eu accouchement chez la personne soupçonnée,
et si l’enfant qu’on a trouvé peut lui appartenir. Pour décider celte
question plus sûrement, il est essentiel que les perquisitions soient
faites les premiers jours qui suivent l’aceouehement Plus l'intervalle
sera long, plus il deviendra difficileau médecin de porter un j ugement.
Plusieurs accoucheurs prétendent que, dans la plupart des cas , on
5
( 34 )
peut reconnaître au quinzième et au vingtième jour que l'accouche¬
ment a eu lieu, et conseillent même de faire la visite jusqu’au tren¬
tième jour. Nous avons dit plus haut à quel caractère on peut recon¬
naître depuis combien de temps un enfant est mort; nous n’y revien¬
drons pas. Maintenant nous allons nous occuper de faire reconnaître
quelles sont les suites de l’accouchement naturel.
Aussitôt après l’accouchement, la mère se plaint d’un sentiment
de douleur et de lassitude, et s’endort quelquefois sur le lit de travail.
Le visage est moins coloré, l’œil moins vif, la voix moins sonore, le
pouls moins fort et moins fréquent ; le bas-ventre, l’utérus et la vulve
ont plus de sensibilité; quelquefois elle éprouve un frissonnement
général ; l’état de faiblesse et de prostration n’est que momen¬
tané ; la chaleur se ranime. Le pouls devient plus fréquent ; une
légère sueur se répand sur tout le corps, et la femme ne larde pas à
sé trouver beaucoup mieux. Aussitôt que l’utérus est débarrassé du
produit de la conception, il revient sur lui-même, et reste encore
quelque temps avant d'être parvenu à sa grosseur naturelle. Peu de
temps après la délivrance, il s’écoule par la vulve un sang pur qui
s’échappe par les extrémités encore béantes des sinus utérins. Au
bout de quelquetempsilnesorlplus quedes caillots noirâtres. Après les
premières vingt-quatre heures, il ne s’écoule qu’une sérosité roussâtre,
d’une apparence puriforme; cet écoulement devient blanchâtre, et
acquiert une odeur sui generis, à laquelle on ne peut se tromper ;
elle forme sur le linge des taches semblables à celles que ferait le lait.
Ce sont ces divers écoulemens auxquels on a donné le nom de /o-
chies , divisées en sanguines , en séreuses et en puriformes. Les pre¬
mières existent pendant vingt-quatre heures, les secondes pendant
trente-six ou quarante-huit heures, et les dernières pendant quinze
ou vingt jours, quelquefois au-delà de six semaines : il est à cette
époque très-difficile de les distinguer d’avec la leucorrhé.L’allaitement
diminue l’abondance et la durée des lochies. Le tempérament, l’âge
et la manière de vivre de la femme, le régime quelle suit dans ses
couches, la saison, le climat, les affections morales, l’état habituel
( 35 )
de la menstruation sont autant de circonstances capables de faire va¬
rier cette sécrétion.
On a donné le nom de tranchées utérines à des douleurs oc¬
casionnées par de nouveaux efforts et de nouvelles contractions
pour expulser des caillots de sang d’un volume excessif, qui se for¬
ment dans la cavité de l’utérus après l’accouchement. On observe
ces tranchées plus tôt ou plus tard, mais toujours dans les pre¬
mières vingt-quatre heures. Les primipares sont moins sujettes
aux tranchées utérines que les femmes qui ont eu plusieurs enfans.
Vers le quatrième jour , après l’accouchement , les lochies sé¬
reuses cessent; il se fait alors une espèce de révolution chez la
femme, à laquelle on a donné le nom de fièvre de lait ; la peau devient
sèche; la femme éprouve un sentiment de malaise, et quelquefois
des frissons. Peu de temps après, les mamelles se gonflent, se tendent
et deviennent douloureuses; les lochies se suppriment peu à peu, le
visage se colore, les yeux étincellent, la respiration se presse, et le pouls
s’accélère. Quelquefois il y a céphalalgie sus-orbitaire, constipation,
et le gonflement des mamelles s’étend jusqu’aux clavicules et aux
aisselles : dans cet état, la femme ne peut approcher que très-diffici¬
lement les brasde son corps sans souffrir. Cet état ne persiste pas long¬
temps : le relâchement des parois abdominales, et les rides ouvergetures
qui sillonnent sa surface, l’écartement des muscles droits peuvent être
aussi considérés comme autant de suites de l’accouchement naturel.
On trouve aux parties externes de la génération, les premiers
jours qui suivent l’accouchement, les grandes lèvres rouges et bour¬
souflées, très-sensibles et toujours très-dilatées et très-ouvertes; la four¬
chette n’existe plus; le vagin est dans un état de mollesse et derelâche-
ment.Onsent, au-dessusdu corps dupubis, le haut de l’utérus qui estar-
rondi, égal, et assez dur. C’est de la réunion de tous ces signes qu’on
peut décider qu’il y a eu accouchement. Souvent chacun d’eux, en
particulier, ne pourrait suffire, puisqu’on peut les rencontrer après
une malâdie.
Nous avons envisagé ce sujet sous le double rapport de la mère et de
l’enfant, et nous nous sommes borné à rapporter les faits tels qu’ils
( 56 )
ont été considérés par les meilleurs auteurs, en évitant toute espèce
de commentaire. Sommes-nous arrivé au but que nous nous étions
proposé d’atteindre? Pouvons-nous nous flatter d’avoir réuni tous les
élémens propres à résoudre la grande question qui nous a occupé?
Avant de terminer, qu’il nous soit permis de dire quelque chose sur
l’état de la France * et principalement de sa capitale avant l’établisse¬
ment de l’hospice des Enfans-trouvés, et de celui de la Maternité, et de
proposer une amélioration que l’état social dans lequel nous vivons
réclame du gouvernement.
En remontant aux règnes precédens de nos rois, on trouve trois ordon¬
nances terribles; l’une de Henri II, en ï 556 ; une autre de CharlesIX,
en i 56 o; et une troisième de Henri III, en j 587. La première de ces
ordonnances porte que «toute femme serait tenue d’avoirhomicidé
son enfant, et, pour réparaiion publique , punie de mort et du der¬
nier supplice, si elle était atteinte et convaincue d’avoir célé, couvert
et occulté tant sa grossesse qu’enfantement, sans avoir déclaré l’un et
1 autre ; et si 1 enfant se trouvait avoir été privé, tant du saint-sacrement
de baptême que de la sépulture publ que. » L’ordonnance de Henri III
n est que la confirmation de celle de Henri II, en enjoignant toute¬
fois à tous curés de publier le contenu de ladite ordonnance à
leurs prônes et messes paroissiales, de trois mois en trois mois. L’or¬
donnance de Charles IX porte en substance : «Seront punis de mort,
sans espérance de grâce et pardon, ceux qui se trouveront avoir su¬
borné fils ou filles, mineurs de vingf-cinq ans, sous prétexte de ma¬
riage, ou autre couleur, sans le gré, vouloir et consentement exprès
des pères, mères et tuteurs, et seront punis extraordinairement tous
ceux qui auront participé au rapt, et qui y auront prêté conseil, con¬
fort et aide. » On serait tenté de croire que de telles ordonnances de¬
vaient arrêter les progrès du libertinage, et prévenir le crimed’inlanti-
cide. A lavérité, ces ordonnances firent trembler dans les premiers mo¬
yens; niais on finit par y faire peu d'attention, Bailleurs, ceux qui
étaient chargés de leur exécution avaient des mœurs trop dépravées
et par conséquent avaient peu d’intérêt à les faire respecter et à agir avec
( 37 )
toute la sévérité necessaire. La débauche fut donc en augmentant,
et les malheureux enfms qui naissaient d’un tel commerce étaient
mis à mort ou abandonnés dans des lieux écartés.
Saint Vincent-de-Paul . instituteur de la congrégation de Saint-
Lazare . eut pitié de l’état déplorable da ns lequel se trou vait plongée la
société. Ce fut lui qui fonda , en 1 635, l’établissement des Erifàns-
trouvés. Avant ce respectable philanthrope, les enfans abandonnés
étaient dans la ville de Paris, comme dans tout le royaume, une des
charges de la haute-jus liée des seigneurs , et l’on faisait le plus vil mo¬
nopole des ces enfans.
L idée de fonder un établissement non moins utile et philanthropique
que Celui des En fans-trou vés était échappée a l’esprit pénétrant de
Saint Vincent-de-Paul. Là convention nationale conçut cette idée , et
rendit un décret le 7 ventôse an 2 , par lequel elle allouait des bâti-
mens pour servira recevoir les femmes enceintes, et ce fut le ^mes¬
sidor an 3 que cette institution, connue alors et depuis sous le nom
à’hospice de la Maternité , fut mise en activité; Depuis rétablissement
de cette maison, les infanticides ont été très-rares dans la ville de
Parts ; c’est ce qui me fait désirer qu’il soit établi dans chaque ville dé
province, si non une maison pour rececoir les femmes près d’ac¬
coucher, du moins un lieu ou l’on pu isse déposer les enfans en sû¬
reté et en secret. Par ce moyen on conserverait la vie à un être qui
souvent est voué à ùne mort certaine.
Il faut espérer que, dans notre gouvernement, où l’on s attache â
faire tourner toutes les institutions au profit de la société, de pareils
établissemensne peuvent manquer d avoir lreü. Quelques villes jouis¬
sent déjà de cet avantage; le nombre, malheureusement, en est très-
borné. Ces institutions existeraient saris doute dans un bien plus
grand nombre dé villes, si la plupart des administrateurs des hôpi¬
taux,'hommes plus adonnés à la religion, à la surveillance et à la
comptabilité, qu’instruits des besoins , deà dangers et des écueils de
la société, ne s’opposaient à de pareils étctblissei:iîens, qui ne peuvent,
disent-ils, que favoriser le libertinage et la débauche, par là facilité
qu’auraient les filles de se défaire de leurs enfans. Mais ces hommes
( 38 )
ne s’aperçoivent pas qu’ils n évitent un danger que pour tomber dans
un bien plus grand, et que, mal pour mal, il vaut encore mieux pré¬
server du crime que de la débauche.
Paraître ce que dans le monde on appelle honnête, est pour la
femme le premier besoin. Elle est capable des plus grands sacrifices
pour conserver cette qualité. « Rousseau dit dans son Émile liv. 5 e :
« Les vrais motijs d honneur parleront toujours au cœur de toute
‘ femme de jugement, qui saura trouver dans son état le bonheur de
* la vie. » Cependant un besoin plus grand encore, l’attrait du
plaisir, peut-être la séduction, peuvent la conduire à la perte de cet
honneur, pour elle si précieux; il n’existe plus à ses yeux, mais on
1 ignore : si elle pouvait faire qu’on lignorât toujours ! C’est la pre¬
mière pensée qui se présente à son esprit, c’est le but unique où ten¬
dront désormais tous ses vœux , et tous les moyens seront bons pour
y parvenir. Dès ce moment la femme est susceptible des plus
affreuses résolutions; et, pour tâcher de conserver aux yeux de la so¬
ciété le titre d honnête femme qu’elle sait avoir perdu, elle se dé¬
pouille du caractère sacré de mère. Cependant, si, cette mère qui
vient d étouffer à sa naissance le fruit de ses entrailles, avait pu clan¬
destinement le confier à des mains étrangères chargées de l’élever,
il est plus que probable qu elle n’aurait pas étouffé le cri de la na¬
ture , et qu elle aurait saisi avec avidité un moyen qui tout à la fois lui
épargnait une action horrible qui devait répugner à son cœur, la pré¬
servait de la vengeance .terrible des lois, et lui conservait un enfant
qui un jour pouvait être la consolation de sa vieillesse.
Il nous semble qu’il sefaif assez facile de préserver la société d’un
crime dû plutôt à la sottise, à l’ignorance et aux préjugés, qu’à la per¬
versité d’un sexe né sensible et compatissant. Nous croyons avoir in¬
diqué les moyens qu’il conviendrait de mettre en usage, et nous"
formons des vœux bien sincères pour que l’autorité agisse’ de tous
les moyensquisont en son pouvoir pour conservera vie à des enfans oui
un jour peuvent devenir des hommes très-utiles à leur pays et pour
m’édecin' " ” é "“ ^ recherches 1 ui régnent toujours au
APHORISMI EX HIPPOCRATE EXCERPTI.
I.
Yiia brevis, ars longa , occasio præceps , experimentum fallax ,
judicium difficile. Oporiet autem non modo se ipsum exhibere quæ
oportet facientem, sed etiam ægrum, et præsentes , et externa.
Secl. i aph. i.
II.
Ubi somnus delirium sedat, bonum. Sect. 2 , aph. 2.
III.
Somnus , vigiîia , utraque modum excedentia , malum. Ihid.,
aph. 5 .
IV.
Lassitudines spome obortæ morbos denuntiant. Ilidaph. 5 .
V.
Famem vini potio solvit. Ihid., aph. si.
VI.
In omni morbo, mente valere , et benè se habere ad ea quæ
offeruntur, bonum est; contrarium verô, malum. Ibid. , aph. 33 .
VIL
Tabes maxime fît ætatibus ab anno octavo decimo usque ad quin-
tuiu trigesimum. Sect. 5 , aph. 9.
VIII.
Qui gibbi ex astbmate, aut tussi fîunt ante pubertatem, pereunt.
Sert. 6, aph. 46-